
Le jour où j’ai décidé de comprendre mon corps
- laissezvivresoname

- il y a 13 minutes
- 11 min de lecture
Il y a eu un jour où j’ai cessé de regarder mon corps comme un problème à résoudre.
J’ai cessé de lui demander pourquoi il ne ressemblait pas à ce que j’attendais de lui.
J’ai cessé de compter ce qu’il fallait perdre, corriger, raffermir, cacher, contrôler ou transformer.
Et pour la première fois, j’ai essayé de le comprendre.
Pas seulement biologiquement.
Pas seulement à travers ce que je mangeais, la façon dont je bougeais ou ce que me renvoyait le miroir.
J’ai essayé de comprendre ce que mon corps racontait de moi.
Ce qu’il portait.
Ce que j’avais déposé en lui.
Les identités auxquelles je m’étais attaché. Les émotions que je n’avais jamais complètement traversées. Les protections que j’avais construites. Les histoires que j’avais répétées. Les blessures autour desquelles j’avais organisé ma personnalité. Les injonctions auxquelles j’avais obéi sans même savoir qu’elles étaient encore là.
Et j’ai commencé à regarder mon corps autrement.
Comme le point le plus dense de mon histoire.
Comme l’endroit où l’invisible rencontre le visible.
Comme de l’énergie devenue matière.
Le corps comme matière de notre histoire
Dans ma lecture spirituelle des choses, le corps n’est pas séparé de ce que nous sommes intérieurement.
Il en est l’une des expressions.
Bien sûr, le corps possède sa réalité biologique, génétique, hormonale, neurologique et physiologique. Il ne s’agit pas de nier cette dimension ni de prétendre que toute maladie, toute variation de poids ou tout symptôme serait la simple matérialisation d’une pensée.
Mais il existe aussi une autre façon de l’écouter.
Une façon symbolique, psychologique, énergétique.
Et dans cette lecture, le corps peut devenir un miroir.
Il peut nous montrer ce que notre conscience ne regarde plus.
Parce que nous ne vivons pas seulement avec un corps.
Nous vivons à travers lui.
Chaque expérience passe par le système nerveux. Chaque peur produit une réaction. Chaque humiliation laisse une mémoire. Chaque période de sécurité ou d’insécurité influence notre manière de respirer, de dormir, de manger, de bouger, de nous tenir, de nous contracter ou de nous abandonner.
Notre histoire finit par avoir une posture.
Une respiration.
Une manière de marcher.
Une façon d’occuper l’espace.
Parfois même une manière de se cacher.
Et c’est là que ma compréhension du corps a commencé à changer.
Je ne voulais plus seulement savoir :
« Comment changer mon corps ? »
Je voulais savoir :
« Qui est en train d’habiter ce corps ? »
Quelle identité mon corps porte-t-il ?
Cette question a tout déplacé.
Car derrière un corps, il peut y avoir une identité entière.
L’identité de celui qui doit se protéger.
De celui qui doit être fort.
De celui qui ne doit pas trop être vu.
De celui qui doit prendre soin de tout le monde avant lui-même.
De celui qui a appris que le désir était dangereux.
De celui qui associe inconsciemment la beauté à l’exposition, l’exposition au danger, et le danger à la nécessité de se protéger.
De celui qui croit devoir mériter l’amour.
De celui qui a peur de prendre sa place.
Ou, au contraire, de celui qui a besoin d’occuper beaucoup d’espace pour enfin sentir qu’il existe.
Nous pensons parfois que nous avons simplement « un corps ».
Mais nous avons aussi une représentation intérieure de ce corps.
Et cette représentation est chargée de croyances.
Je suis comme ça.
Dans ma famille, nous avons toujours été comme ça.
Je prends facilement du poids.
Mon corps est mon ennemi.
Je n’ai jamais été sportif.
Je dois me contrôler.
Je ne serai jamais à l’aise dans mon corps.
Je dois souffrir pour être beau.
À force d’être répétées, certaines phrases cessent de ressembler à des pensées.
Elles deviennent des identités.
Et une identité cherche naturellement à se confirmer.
C’est là que psychologie et spiritualité commencent, pour moi, à se rencontrer.
Les champs invisibles que nous construisons autour de nous
Dans une lecture ésotérique, j’aime imaginer que nous ne sommes pas seulement constitués de matière.
Nous sommes entourés de couches d’informations : émotions, pensées, mémoires, croyances, intentions, projections, symboles, archétypes.
On pourrait les appeler champs énergétiques.
Le mot importe finalement moins que ce qu’il permet de comprendre.
Car avant qu’une réalité soit installée dans notre vie, il existe souvent tout un monde invisible qui la précède.
Une pensée répétée devient une croyance.
Une croyance répétée influence une décision.
Une décision répétée devient un comportement.
Un comportement répété devient une habitude.
Une habitude influence notre environnement, nos relations, notre physiologie et notre manière de vivre.
Et, progressivement, ce qui était invisible acquiert une forme.
Ce qui était intérieur produit des conséquences extérieures.
Dans un langage spirituel, je dirais que l’énergie se densifie jusqu’à rencontrer la matière.
Pas comme une formule magique.
Comme un processus.
La matière devient alors le dernier étage d’une construction beaucoup plus profonde.
Et j’ai compris quelque chose d’essentiel :
je passais mon temps à vouloir modifier le dernier étage sans visiter les fondations.
Je voulais changer mon corps alors que mon corps me parlait
Pendant longtemps, j’ai cru que reprendre le contrôle de mon corps signifiait exercer davantage de volonté sur lui.
Le surveiller.
Le discipliner.
Le corriger.
L’obliger.
Mais ce n’était pas reprendre mon pouvoir.
C’était continuer la guerre.
Le véritable basculement a eu lieu lorsque j’ai compris que reprendre possession de mon corps ne voulait pas dire le dominer.
Cela voulait dire revenir l’habiter.
J’ai commencé à me demander :
Qu’est-ce que je porte encore qui ne m’appartient plus ?
À quelles versions de moi mon corps est-il encore fidèle ?
Quelle peur est devenue une habitude ?
Quelle protection continue d’exister alors que le danger n’existe plus ?
Quelle ancienne identité est encore inscrite dans ma manière de manger, de dormir, de bouger, de respirer, de me regarder ?
Qu’est-ce que mon corps essaie de maintenir parce qu’une partie de moi croit encore en avoir besoin ?
Ces questions ont été beaucoup plus puissantes que : « Comment puis-je maigrir ? »
Parce qu’elles m’ont ramené à la racine.
Le corps ne demande pas toujours à être combattu. Parfois, il demande à être rassuré.
Il y a des corps qui vivent depuis longtemps sous le régime de la menace.
Une menace parfois réelle.
Parfois ancienne.
Parfois devenue intérieure.
Il faut être parfait.
Il faut aller vite.
Il faut réussir.
Il faut plaire.
Il faut tenir.
Il ne faut pas déranger.
Il ne faut pas ressentir.
Il faut contrôler.
Le système nerveux ne comprend pas toujours nos grandes théories spirituelles.
Il comprend la sécurité et le danger.
La contraction et le relâchement.
L’alerte et le repos.
Et j’ai compris que je ne pouvais pas demander à mon corps de devenir un sanctuaire tout en lui parlant quotidiennement comme à un ennemi.
Je ne pouvais pas lui demander de lâcher tout en lui envoyant constamment le message qu’il n’était pas assez bien.
Alors quelque chose en moi a changé.
Je n’ai plus voulu créer un autre corps.
J’ai voulu créer une autre relation avec celui-ci.
Aligner le corps avec l’âme
Pour moi, l’âme représente cette partie de l’être qui existe avant toutes les identités sociales.
Avant le rôle.
Avant la performance.
Avant la comparaison.
Avant les blessures auxquelles nous avons fini par nous identifier.
L’âme ne regarde pas le corps avec les yeux du jugement.
Elle le regarde comme un véhicule de l’expérience.
Comme une maison temporaire et sacrée.
Comme le lieu grâce auquel nous pouvons toucher, goûter, danser, aimer, créer, pleurer, faire l’amour, courir, respirer, enfanter parfois, enlacer quelqu’un, sentir le soleil sur notre peau.
Alors j’ai commencé à me poser une question nouvelle :
À quoi ressemblerait mon corps s’il n’avait plus à exprimer mes anciennes identités, mais pouvait accompagner celui que je suis profondément ?
Cette question a créé un espace.
Je ne lui demandais plus de devenir mince.
Je lui demandais de devenir vrai.
Je ne lui demandais plus de correspondre à une image.
Je lui demandais de s’aligner.
Et, progressivement, mon rapport à lui s’est fluidifié.
Quand le changement n’est plus une punition
J’ai alors vécu quelque chose que je n’avais pas réussi à obtenir par la contrainte : une forme de simplicité.
Mon rapport à la nourriture a changé.
Mes envies ont changé.
Mon rapport au mouvement a changé.
La façon dont je ressentais mon corps a changé.
Et mon poids a commencé à évoluer avec beaucoup moins d’effort conscient.
Je ne présente pas cette expérience comme une loi universelle, la perte ou la prise de poids peut avoir de nombreuses causes physiologiques et mérite parfois un accompagnement médical ou nutritionnel.
Mais dans mon histoire, quelque chose était devenu évident :
je n’étais plus en train d’essayer de perdre du poids. J’étais en train de perdre une ancienne manière d’être.
Et mon corps accompagnait ce mouvement.
C’est cela qui m’a bouleversé.
Je pensais devoir arracher quelque chose à mon corps.
Alors qu’en réalité, j’avais surtout besoin de retirer ce que j’avais projeté sur lui.
Les injonctions.
Les hontes.
Les identités.
Les peurs.
Les histoires.
Les comparaisons.
Les regards des autres que j’avais fini par confondre avec mon propre regard.
Et à mesure que ces couches perdaient leur pouvoir, j’avais l’impression que mon corps pouvait enfin respirer.
À partir de là, je n’ai plus eu envie de « travailler mon corps ».
J’ai eu envie de lui redonner de la vie.
La différence est immense.
Bouger n’était plus une façon de brûler ce que j’avais mangé.
C’était remettre de la circulation dans ma matière.
M’étirer devenait une manière de reprendre de l’espace.
Marcher devenait une méditation.
Respirer profondément devenait une façon de rappeler à mon système nerveux que j’étais ici.
Boire de l’eau devenait un geste de soin.
Dormir devenait un acte de respect.
Me masser devenait une manière de revenir dans ma peau.
Prendre soin de mon apparence cessait d’être une tentative de devenir acceptable.
Cela pouvait devenir une célébration.
Et c’est probablement cela que signifie, pour moi, rendre le corps sacré.
Le sacré n’est pas la perfection
Rendre son corps sacré ne signifie pas l’idéaliser.
Ce n’est pas se regarder chaque matin dans le miroir en essayant de se convaincre que tout est magnifique.
Ce n’est pas nier nos complexes.
Ce n’est pas prétendre aimer chaque centimètre de notre peau.
Le sacré commence peut-être beaucoup plus simplement.
Par le respect.
Je peux ne pas aimer une partie de mon corps et décider de ne plus l’humilier.
Je peux vouloir transformer mon corps sans le détester dans sa forme actuelle.
Je peux prendre soin de ma santé sans faire de ma valeur personnelle un chiffre sur une balance.
Je peux désirer davantage de force, de légèreté, de mobilité ou de vitalité sans considérer mon corps actuel comme un échec.
Le corps devient sacré lorsque nous cessons de le traiter comme un objet soumis à notre jugement permanent.
Lorsque nous recommençons à le considérer comme un vivant.
Ton corps a passé toute ta vie avec toi
Cette évidence me bouleverse encore.
Ton corps était là dans les moments que personne n’a vus.
Il était là quand tu avais peur.
Quand tu as aimé.
Quand tu as perdu.
Quand tu as attendu.
Quand tu t’es senti seul.
Quand tu as été heureux.
Quand tu as cru que tu n’allais pas réussir à traverser quelque chose.
Il a porté chaque voyage.
Chaque nuit.
Chaque choc.
Chaque plaisir.
Chaque recommencement.
Il ne t’a jamais demandé d’être parfait pour continuer à faire battre ton cœur.
Et pourtant, combien de fois avons-nous regardé ce compagnon de toute une vie uniquement pour lui dire ce qui n’allait pas ?
Trop de ventre.
Pas assez de muscles.
Trop de cellulite.
Pas assez ferme.
Trop gros.
Trop maigre.
Trop vieux.
Pas assez beau.
Imagine un instant que ton corps puisse entendre chaque pensée que tu diriges contre lui.
Puis imagine qu’à partir d’aujourd’hui, le langage change.
Merci.
Merci d’avoir tenu.
Merci d’avoir protégé.
Merci d’avoir compensé.
Merci d’avoir parlé lorsque je ne savais pas encore m’écouter.
Merci d’avoir été la maison de toutes mes versions.
Mais maintenant, tu peux te détendre.
Je suis là.
Peut-être que certaines protections peuvent enfin tomber
C’est ici que le travail devient profondément symbolique.
Nous pouvons regarder notre corps et lui demander non pas :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »
mais :
« Qu’as-tu cru devoir faire pour moi ? »
Peut-être que certaines tensions ont été des armures.
Peut-être que certaines habitudes ont été des refuges.
Peut-être que certaines manières de nous rendre invisibles nous ont autrefois protégés.
Peut-être que certaines compulsions ont tenté de réguler une douleur que nous ne savions pas nommer.
Cela ne signifie pas que chaque caractéristique physique possède une signification ésotérique précise. Il serait dangereux de transformer le corps en dictionnaire simpliste où chaque symptôme aurait une cause émotionnelle unique.
Le corps est infiniment plus complexe.
Mais il peut être interrogé symboliquement.
Et parfois, cette conversation ouvre des portes.
Parce que ce que nous cherchons n’est pas nécessairement une explication parfaite.
Nous cherchons une relation.
Aujourd’hui, j’imagine l’être humain comme une succession de niveaux.
Il y a l’âme.
Puis l’intention.
Puis les pensées.
Les croyances.
Les émotions.
Le système nerveux.
Les comportements.
Les habitudes.
Et finalement, la matière.
Tout communique.
Tout s’influence.
Le spirituel ne devrait donc pas nous éloigner du corps.
Il devrait nous y ramener.
Parce que l’incarnation est précisément cela :
faire descendre la conscience dans la matière.
Être spirituel ne signifie pas quitter son corps.
Cela signifie peut-être apprendre à être pleinement dedans.
Mettre de la conscience dans notre façon de manger.
Dans notre sexualité.
Dans notre respiration.
Dans notre sommeil.
Dans notre mouvement.
Dans notre rapport au plaisir.
Dans notre manière de toucher notre propre peau.
Dans la façon dont nous vieillissons.
Dans les mots que nous prononçons devant le miroir.
L’éveil qui ne descend jamais jusque dans le corps reste une idée.
L’incarnation commence lorsque ce que nous avons compris intérieurement transforme notre façon de vivre matériellement.
Le jour où j’ai repris le contrôle de mon corps
Finalement, je n’ai pas repris le contrôle comme je l’imaginais.
Je n’ai pas gagné une bataille contre lui.
J’ai mis fin à la bataille.
J’ai compris que mon pouvoir n’était pas de contraindre mon corps à obéir à mon mental.
Mon pouvoir était de devenir suffisamment conscient pour choisir ce que je voulais encore porter.
Quelles identités ?
Quelles histoires ?
Quelles croyances ?
Quelles fidélités ?
Quelles peurs ?
Quels regards ?
Quels champs énergétiques voulais-je continuer à nourrir ?
Et lesquels étais-je prêt à laisser se dissoudre ?
Car si nous acceptons l’idée que notre réalité extérieure est, au moins en partie, influencée par notre monde intérieur, alors transformer la matière commence aussi par transformer la relation que nous entretenons avec elle.
Je ne veux plus construire mon corps depuis la peur.
Je veux le construire depuis la présence.
Je ne veux plus le nourrir depuis le vide.
Je veux le nourrir depuis l’amour.
Je ne veux plus le faire bouger parce que je le trouve insuffisant.
Je veux le faire bouger parce qu’il est vivant.
Je ne veux plus lui demander de devenir digne de moi.
Je veux devenir digne de la confiance qu’il m’accorde depuis ma naissance.
Peut-être que ton corps n’est pas le problème.
Peut-être qu’il est le messager.
Peut-être qu’au lieu de chercher immédiatement à modifier sa forme, tu peux commencer par observer tout ce que tu as construit autour de cette forme.
Demande-toi :
Quelle identité mon corps porte-t-il aujourd’hui ?
Quelle histoire est-ce que je répète à son sujet ?
De quoi ai-je peur si mon corps change réellement ?
Qui serais-je sans la guerre que je mène contre lui ?
Qu’est-ce que mon corps croit encore devoir protéger ?
Quels regards ai-je déposés sur lui qui ne sont même pas les miens ?
Comment est-ce que je traiterais mon corps si je le considérais réellement comme sacré ?
Et surtout :
Si mon corps n’avait plus besoin de porter mon passé, quelle forme de vie aurait-il envie d’exprimer maintenant ?
Ne cherche pas forcément les réponses avec ton mental.
Écoute.
Respire.
Ressens.
Parce que le corps possède son propre langage.
Et parfois, lorsque nous arrêtons enfin de lui ordonner de changer, nous devenons capables d’entendre ce qu’il essayait de nous dire depuis des années.
Ce jour-là, quelque chose se renverse.
Le corps n’est plus un objet que l’on traîne derrière soi.
Il redevient un allié.
Un temple.
Une matière consciente que nous apprenons à habiter.
Et peut-être que la véritable transformation commence exactement ici :
non pas le jour où nous décidons de changer notre corps,
mais le jour où nous décidons enfin de le comprendre.
☀️ Grégory Wagner
Médium-Lumière · Activateur et Restaurateur du Divin
En cabinet ou à distance




Commentaires