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Le Jour où je me suis Vu

  • Photo du rédacteur: laissezvivresoname
    laissezvivresoname
  • 16 avr.
  • 5 min de lecture

Il existe des jours qui ne ressemblent à aucun autre.


Des jours qui ne portent pas de date.

Des jours qui ne s’inscrivent dans aucun calendrier.

Des jours qui arrivent sans prévenir, au détour d’un silence, d’une fatigue, d’une larme, d’un regard dans un miroir, d’une nuit trop longue ou d’un matin où l’on n’a plus la force de continuer à faire semblant.


Ce jour-là, je ne me suis pas trouvé.

Je me suis vu.


Et cela n’a rien eu de beau au début.


Parce que pendant longtemps, je ne m’étais regardé qu’à travers les yeux des autres.

Je m’étais vu comme on m’avait nommé.

Comme on m’avait jugé.

Comme on m’avait rejeté.

Comme on m’avait attendu.


J’étais devenu le reflet de ce que les autres avaient projeté sur moi.


J’étais celui qui devait être fort.

Celui qui devait réussir.

Celui qui devait sauver.

Celui qui devait comprendre.

Celui qui devait faire mieux.

Celui qui devait être plus sage, plus lumineux, plus aimable, plus discret, plus acceptable.


Et à force de devenir tout cela, j’avais disparu.


Je ne m’en étais même pas rendu compte.


Parce qu’il y a une douleur silencieuse, une douleur si ancienne qu’elle finit par devenir normale.

La douleur de ne plus savoir qui l’on est.

La douleur de vivre loin de soi.

La douleur de porter une vie qui nous ressemble de moins en moins, tout en continuant à sourire, à avancer, à donner, à tenir.


Pendant des années, j’ai cru que je devais encore changer quelque chose en moi pour mériter d’être aimé.


Je pensais qu’un jour, si j’étais assez parfait, assez spirituel, assez fort, assez doux, assez éveillé, alors quelqu’un finirait par me regarder et me dire :


« Maintenant, tu peux exister. »


Mais personne ne l’a jamais dit.


Parce que cette parole-là ne pouvait venir de personne d’autre que de moi.


Et je ne savais pas encore comment me regarder.


Alors j’ai continué à courir.

Vers des réponses.

Vers des signes.

Vers des relations.

Vers des guérisons.

Vers des révélations.

Vers des lumières.


Je cherchais partout ce que je refusais encore de rencontrer à l’intérieur.


Puis la vie m’a arrêté.


Pas avec violence.

Pas avec colère.


Elle m’a simplement conduit au bord de moi-même.


Là où je ne pouvais plus me distraire.

Là où je ne pouvais plus fuir.

Là où toutes les voix autour de moi se sont tues.


Et dans ce silence, j’ai commencé à entendre quelque chose.


Ce n’était pas une grande révélation.

Ce n’était pas une voix du ciel.

Ce n’était pas une vérité spectaculaire.


C’était quelque chose de beaucoup plus fragile.


C’était moi.


Moi, derrière tous les rôles.

Moi, derrière les blessures.

Moi, derrière la fatigue d’avoir toujours essayé d’être quelqu’un d’autre.


Je me suis vu.


Je me suis vu fatigué.

Je me suis vu triste.

Je me suis vu abandonné.

Je me suis vu avec ce besoin immense d’être aimé, ce besoin que j’avais caché toute ma vie derrière la force, derrière la lumière, derrière la maîtrise.


Je me suis vu enfant.


Cet enfant qui avait appris très tôt qu’il devait devenir autre chose pour ne pas être rejeté.

Cet enfant qui avait cru qu’il devait être parfait pour mériter sa place.

Cet enfant qui avait transformé sa sensibilité en silence, ses larmes en courage, sa solitude en mission.


Je l’ai vu.


Et pour la première fois, je ne lui ai pas demandé de changer.


Je ne lui ai pas demandé d’être plus lumineux.

Je ne lui ai pas demandé d’être plus fort.

Je ne lui ai pas demandé de guérir plus vite.


Je me suis simplement assis à côté de lui.


Et quelque chose en moi a commencé à fondre.


Parce qu’au fond, nous passons notre vie à essayer d’être vus par les autres, alors que ce que notre âme attend depuis toujours, c’est que nous la regardions enfin.


Le plus grand manque de notre vie n’est pas toujours le manque d’amour.


C’est le manque de regard.


Le regard vrai.

Le regard qui ne juge pas.

Le regard qui ne compare pas.

Le regard qui ne cherche pas à réparer ce qui est déjà sacré.


Le regard qui dit :


« Je te vois.

Je vois ta fatigue.

Je vois ton histoire.

Je vois tout ce que tu as porté.

Je vois tout ce que tu as caché.

Je vois le courage immense qu’il t’a fallu pour survivre jusque-là.

Et tu n’as plus besoin de devenir quelqu’un d’autre pour être digne d’amour. »


Ce jour-là, je n’ai pas guéri d’un seul coup.


Je n’ai pas tout compris.

Je n’ai pas tout pardonné.

Je ne suis pas devenu une autre personne.


Mais quelque chose d’essentiel a changé.


J’ai cessé de me trahir.


J’ai cessé de chercher à mériter ma place.

J’ai cessé de me plier pour être aimé.

J’ai cessé de vouloir entrer dans des espaces qui demandaient ma disparition.


J’ai commencé à choisir ce qui me ressemble.

À dire non quand mon âme disait non.

À dire oui quand quelque chose vibrait profondément en moi, même si cela faisait peur.

J’ai commencé à honorer ce qui, autrefois, me semblait trop sensible, trop intense, trop différent.


Parce que ce que j’avais pris pour une faiblesse était souvent ma vérité.


Ma sensibilité n’était pas un défaut.

Elle était la porte.


Ma profondeur n’était pas un problème.

Elle était mon langage.


Mon intensité n’était pas quelque chose à cacher.

Elle était la trace de mon feu.


Le jour où je me suis vu, je me suis rendu compte que je n’avais jamais été cassé.


J’avais seulement été séparé de moi.


Et toute ma vie n’avait été qu’un immense voyage pour revenir jusqu’à cet endroit.


Cet endroit en moi où je n’ai plus besoin de prouver.

Où je n’ai plus besoin de convaincre.

Où je n’ai plus besoin d’être autre.


Cet endroit où je peux enfin respirer.


Depuis ce jour, il y a encore des moments où je m’oublie.

Des moments où les anciennes voix reviennent.

Des moments où je redeviens celui qui veut être parfait, celui qui veut sauver, celui qui veut être choisi.


Mais maintenant, je sais revenir.


Je sais revenir vers ce regard.


Je ferme les yeux.

Je descends à l’intérieur de moi.

Et je retrouve cet être silencieux qui m’attend toujours.


Il ne me reproche jamais de m’être éloigné.

Il ne me juge jamais.


Il me regarde simplement avec cette tendresse immense que je cherchais partout ailleurs.


Et il me dit :


« Tu es là.

Enfin.

Je t’attendais. »


Peut-être que la plus grande transformation de notre vie ne consiste pas à devenir quelqu’un de nouveau.


Peut-être qu’elle consiste simplement à oser regarder celui que nous avons été forcés de quitter.


À le prendre dans nos bras.

À lui rendre sa place.

À lui rendre sa voix.

À lui rendre son droit d’exister.


Parce qu’il y a, au fond de chacun de nous, un être qui attend depuis toujours d’être vu.


Pas pour être corrigé.

Pas pour être sauvé.

Pas pour être transformé.


Simplement pour être aimé.


Et parfois, le véritable commencement de toute une vie tient dans ce moment presque invisible où, enfin, nous cessons de détourner les yeux de nous-mêmes.


Le jour où je me suis vu, je ne suis pas devenu plus grand.


Je suis devenu plus vrai.


Et pour la première fois, cela a été suffisant.


☀️ Gregory Wagner

Médium-Lumière · Activateur et Restaurateur du Divin

En cabinet ou à distance






 
 
 

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©2020 par Grégory Wagner.

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