
Et si j’avais décidé de ne plus aimer
- laissezvivresoname

- 7 janv.
- 4 min de lecture
Et si, un jour, sans même m’en souvenir, sans même pouvoir dater l’instant précis, j’avais décidé de ne plus aimer.
Pas par colère.
Pas par orgueil.
Pas par refus de l’autre.
Mais parce qu’à un moment donné, aimer était devenu trop dangereux.
Il n’y a pas toujours un événement net, identifiable, que l’on peut pointer du doigt. Il y a parfois une lente accumulation. Des élans qui ne rencontrent rien. Des mots qui tombent dans le vide. Des attentes qui s’effondrent sans bruit. Des promesses qui se délitent. Des blessures qui ne saignent plus, mais qui durcissent.
Et un jour, quelque chose en nous comprend que continuer à aimer comme avant expose à une douleur que l’on ne veut plus revivre.
Alors on ne ferme pas le cœur.
On l’ajuste.
On ne cesse pas d’aimer.
On apprend à aimer autrement.
Plus prudemment.
Plus intelligemment.
Plus raisonnablement.
On appelle cela mûrir.
On appelle cela se protéger.
On appelle cela se respecter.
En réalité, on se sauvegarde.
La sauvegarde est un mécanisme profondément intelligent. Elle apparaît exactement là où l’âme a été touchée trop fort. Là où l’amour a laissé une trace. Elle ne cherche pas à nous priver de la vie, elle cherche à nous éviter de souffrir à nouveau. Alors elle fait quelque chose de presque imperceptible : elle réduit notre présence.
On est toujours là, physiquement.
On continue de vivre, de travailler, de rencontrer.
On continue même de désirer l’amour.
Mais on n’est plus entièrement là.
Le cœur respire plus court.
L’âme se tient légèrement en retrait.
Une partie de nous reste en alerte permanente.
Et ce retrait devient si familier qu’il finit par passer inaperçu. Il devient notre nouvelle normalité. Nous ne savons même plus que nous retenons quelque chose, car nous retenons depuis trop longtemps.
C’est alors que s’installe une grande confusion.
On croit que l’on cherche l’amour. On le dit, on le pense, on en parle. Mais en vérité, très souvent, on ne cherche pas l’amour. On cherche à remplir un vide.
Un vide ancien.
Un vide silencieux.
Un vide nourri par une blessure.
Ce vide peut venir d’un manque d’amour initial, d’un regard jamais reçu, d’une absence, d’un abandon, d’un rejet, ou simplement du sentiment profond de ne pas avoir été pleinement accueilli tel que l’on était. Et ce vide, au lieu d’être reconnu, a été recouvert. Par des relations. Par des attentes. Par des projections.
Alors on ne rencontre plus l’autre pour aimer.
On le rencontre pour combler.
On attend qu’il rassure, qu’il confirme, qu’il répare, qu’il remplisse ce qui fait mal en nous. Et sans le savoir, on transforme l’amour en fonction, en mission, en réponse à un manque.
Mais aimer n’a jamais été remplir un vide.
Aimer, c’est partager un plein.
Et tant que le vide gouverne l’élan, l’amour devient impossible. Non pas parce qu’il n’existe pas, mais parce qu’il est confondu avec un besoin. L’autre devient une tentative de réparation, et la relation se charge d’un poids qu’elle ne peut pas porter.
Alors les relations s’essoufflent. Elles deviennent frustrantes, décevantes, insatisfaisantes. Et chaque déception renforce la sauvegarde.
On se protège davantage.
On ressent moins.
On espère moins.
Et pourtant, plus on se protège, plus le vide grandit. Parce que ce vide n’est pas causé par l’absence de l’autre. Il est causé par l’absence de soi.
On n’est plus présent à l’amour, parce qu’on n’est plus pleinement présent à soi-même.
C’est là que naît cette sensation étrange : vouloir l’amour plus que tout, tout en étant incapable de le laisser nous traverser. Le désirer, mais le redouter. L’attendre, mais derrière une vitre invisible.
Et l’amour, lui, ne force jamais une porte.
Il n’entre pas là où le cœur est sous surveillance.
Il attend.
Un jour pourtant, quelque chose fatigue. La stratégie épuise. Le contrôle lasse. Le cœur, à force de respirer à moitié, réclame de l’air. On ressent une tristesse diffuse, une impression de passer à côté de quelque chose d’essentiel sans savoir quoi.
Et alors, dans un silence inattendu, une pensée surgit.
Pas une pensée brillante.
Pas une révélation spectaculaire.
Une pensée simple.
Mais elle tombe exactement au bon endroit.
Et si je ne manquais pas d’amour…
et si j’avais simplement cessé de le laisser me traverser ?
Pas parce que je n’en étais pas capable.
Pas parce que je n’en étais pas digne.
Mais parce qu’à un moment donné, aimer est devenu trop coûteux.
Alors je n’ai pas arrêté d’aimer.
J’ai arrêté de ressentir pleinement.
Je n’ai pas fermé mon cœur.
Je l’ai laissé ouvert… mais sous surveillance.
Je n’ai pas cessé de vouloir l’amour.
J’ai commencé à vouloir qu’il ne me fasse plus jamais mal.
Et c’est là que tout bascule.
Car on croit que l’on souffre d’un manque d’amour,
alors que l’on souffre en réalité d’un excès de contrôle.
On croit que l’amour n’est pas là,
alors qu’il attend simplement que l’on cesse de le gérer.
On croit chercher quelqu’un pour remplir un vide, alors que ce vide n’a jamais été un trou à combler, mais un espace à habiter.
Et soudain, une vérité dérangeante apparaît, presque insoutenable dans sa simplicité :
Ce n’est pas l’amour qui nous a blessés.
C’est la façon dont nous avons voulu qu’il nous protège.
Ce n’est pas l’amour qui a échoué.
C’est notre tentative de le rendre inoffensif.
Car l’amour véritable ne promet jamais la sécurité. Il promet la vérité.
Et la vérité, c’est que tant que je cherche l’amour pour remplir un vide,
je ne le rencontre jamais vraiment.
Je ne rencontre qu’un rôle, une fonction, une attente.
Mais le jour où j’ose rester face à ce vide,
sans le fuir, sans le combler, sans demander à quelqu’un de le réparer…
Alors quelque chose d’inattendu se produit.
Le vide cesse d’être un manque.
Il devient un espace vivant.
Et dans cet espace, l’amour n’arrive pas comme une réponse.
Il arrive comme une révélation.
Je comprends alors, enfin, ce que je n’avais jamais envisagé :
Je n’avais pas décidé de ne plus aimer.
J’avais décidé de ne plus me perdre dans l’amour.
Et en voulant me préserver,
j’avais oublié que l’amour ne demande pas que l’on se perde…
mais que l’on soit là, entièrement, sans sauvegarde.
Alors l’amour revient.
Pas parce que je l’ai trouvé.
Mais parce que j’ai cessé de lui demander d’être autre chose que ce qu’il est.
Et ce jour-là, je ne tombe pas amoureux.
Je redeviens vivant.
☀️ Grégory Wagner
Médium-Lumière · Activateur et Restaurateur du Divin
📍 En cabinet ou à distance





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